La liberté est une excellente chose et tout le monde est pour ! Cependant, tout le monde conçoit aussi que l’excès de liberté peut être néfaste, ferment de destruction de tout l’ordre social. Alors, est-ce que la politique idéale ne serait pas un juste milieu entre un excès et un défaut de liberté ?

Ce n’est pas du tout cela ! Il convient d’abord de bien définir ce qu’est la Liberté.

La vraie liberté

« Être libre, c’est faire ce que l’on veut », certes, mais dans quel sens faut-il comprendre « ce que l’on veut » ? Qu’est-ce que vouloir ? Qu’est-ce que la volonté ? Si on comprend faire ce qu’on veut » dans le sens de faire ce qui me plait, tout ce que j’ai envie et jusqu’au moindre caprice, ce n’est plus être libre, mais au contraire être esclave du dernier état de ses nerfs et de ses glandes.

L’homme est un animal raisonnable. Contrairement à la bête qui ne peut que suivre son instinct et donc n’est pas libre, l’homme peut refreiner ses envies, maîtriser ses passions lorsque sa réflexion lui aura montré qu’il pouvait en tirer un bien très supérieur à celui qu’il aurait sacrifié.

C’est notre intelligence et notre volonté qui nous permettent d’être libres, nous rendent capables de résister à nos pulsions lorsqu’elles nous montrent que ce serait contraire à notre plus grand bien.

Les exemples abondent pour illustrer cette vérité :

Je suis à une agréable soirée où j’ai commencé à boire. Je suis bien tenté de boire un verre de plus, puis deux, puis trois, etc., mais je me rends compte que ce ne serait pas raisonnable, que je serais moins maître de moi, que je risque même l’accident si je dois conduire pour rentrer chez moi. Alors je m’abstiens, quelqu’envie que j’en aie. Je me montre ainsi bien plus libre que celui qui ne saura dire non à tous les verres supplémentaire offerts et sombrera bientôt dans l’ivrognerie.

Étudiant, je dois travailler dur pour décrocher le diplôme qui me permettra de choisir un métier plus valorisant. Je préférerais de beaucoup m’amuser et me distraire, comme font certains de mes camarades qui vont échouer au diplôme où je réussirai, mais je saurai m’imposer jusqu’au bout cette discipline nécessaire. Pourtant, ils sont comme moi convaincus de l’importance de ce diplôme et que cela mérite amplement l’effort que je fournis, mais l’attrait des plaisirs est tel qu’ils ne peuvent s’y astreindre jusqu’au bout.

Dans les deux cas je suis amené à choisir entre deux biens le bien qui est le plus important, le meilleur pour moi, que je considère comme le Bien, celui que j’ai choisi et un autre bien moindre, qui me fait plus plaisir, que je crois être un bien, qui en fait n’a que l’apparence du bien et qui est réellement un mal pour moi dans la mesure où il compromet le plus grand Bien que j’ai choisi.

Si je suis capable de sacrifier des biens de moindre importance, même s’ils me plaisent davantage, au bénéfice de ce plus grand bien que j’ai choisi, c’est là que je fais réellement ce que je veux et que je suis vraiment libre, contrairement à celui qui est incapable de se dominer.

La liberté consiste à dominer ses passions pour faire ce qui est dicté par sa raison droite et conforme à l’ordre naturel de la société

 

Liberté et autorité

Ces quelques exemples – et on pourrait en trouver bien d’autres – montrent aussi qu’une saine autorité, bien loin d’entraver ma liberté, lui est une aide précieuse et même souvent une condition d’existence de celle-ci. Ainsi le barman qui, voyant que je commence à être bien « gai », me refusera le dernier verre que je réclame, contribuera grandement à ce que je reste maître de moi jusqu’au bout. De même, mon père qui, dans les années de collège et de lycée, m’aura imposé de travailler chaque jour avant de songer à me distraire, n’aura pas peu contribué à me faire acquérir cette maitrise de moi qui me permettra de persévérer dans mes études que tant d’autres abandonneront.

Dans la société, il y a ainsi mille autorités diverses qui, bien loin d’être des entraves à ma liberté, en sont des aides bénéfiques et même souvent la condition de son existence. Un homme seul ne peut être parfaitement compétent dans tous les domaines, c’est même la raison d’être de la société. Nous avons tous besoin de l’apport des différents métiers et de l’organisation de toutes les collectivités qui constituent la société. Et celui qui est compétent ne va généralement pas perdre son temps à me prouver que la solution qu’il a choisie est la meilleure : fort de l’autorité dont il a été investi en raison de sa compétence, il me l’impose. Et cela me libère d’un souci, me permettant de me consacrer pleinement à ce qui est mon rôle dans mon propre domaine de compétence.

L’autorité, en imposant à l’individu des règles à respecter, libère celui-ci en l’aidant à s’engager dans la bonne voie

 

La liberté libérale

Bien entendu, ce n’est pas cette liberté-là qui est revendiquée dans le slogan « Liberté, Égalité, Fraternité » ; c’est au contraire cette caricature de liberté que nous avons dénoncée au début : la possibilité de satisfaire toutes ces envies jusqu’au moindre caprice et le refus de toute contrainte, fut-ce la plus légitime. Rejet donc de toute autorité extérieure et jusqu’au rejet des prescriptions de notre propre raison objective, reflet de la réalité extérieure dont on refuse l’influence pour ne s’attacher qu’à notre propre élan vital. L’homme se trouve ainsi ravalé au rang de la bête !

Il est clair que de tels principes, pris à la lettre, ne peuvent entraîner que l’anarchie la plus totale. Alors, comme il faut bien vivre en société, on rétablit l’autorité par un tour de passe-passe : la somme de toutes ces libertés individuelles exprimée par un vote à la majorité est censée conférer aux heureux bénéficiaires de ce vote une autorité sur tous. Mais comme cette autorité ne repose sur aucune compétence, aucune responsabilité, rien ne peut la limiter, puisque toutes les autorités naturelles susceptibles de contenir, limiter le pouvoir central, ont été niées par principe dès le départ au nom de la Liberté. On passe ainsi spontanément de la licence la plus totale à la dictature la plus totalitaire.

Lorsque, sous la pression de la réalité, certaines autorités naturelles ont été rétablies (communes, régions, métiers, entreprises, syndicats, associations, etc.), ce fut toujours par délégation du pouvoir central, jamais par reconnaissance d’une réalité naturelle préexistant à l’État. Et donc nous sommes toujours totalement sous la coupe de cette idéologie libérale qui nous a fait tant de mal. Cette idéologie anime les décisions de l’Etat : c’est le cas par exemple de la réforme territoriale en cours (loi NOTRe). Justifiée officiellement pour des raisons avant tout économiques, elle est mue surtout par un moteur idéologique : la suppression des autorités locales (les maires) qui sont autant de résistances au pouvoir central, résistances qui permettaient jusqu’à présent une certaine liberté dans la manière de vivre à l’échelon local (par exemple : PLU, action sociale, culture, etc., et libre utilisation des deniers publics locaux).

Le libéralisme de la démocratie libérale balance entre l’anarchie par surdimensionnement des volontés (caprices) individuelles et le totalitarisme par imposition artificielle de la volonté de l’Etat

Et donc, il ne faut jamais s’appuyer sur cette idéologie libérale toujours hélas officiellement en vigueur, mais sur toutes les réalités locales concrètes que nos concitoyens conçoivent facilement et qui doivent s’imposer à tous malgré l’idéologie.

Bibliographie

Le couple Liberté-Autorité                 Jean Ousset                     Montalza

Le Libéralisme                                       Michel Creuset                CLC

Fondements de la cité                          Jean-Marie Vaissière     Savoir et Agir Bruxelles

Patrie Nation État                                 Jean Ousset                     Montalza

Anatomie et physiologie du libéralisme Marchons Droit       Abbé Ph. Marcille

Le libéralisme est un péché                Don Sarda y Salvany     Expéditions pamphiliennes

Nota : Une seconde fiche sera publiée montrant que la liberté doit être au service du vrai Bien