Nous avons laissé Jean-Pierre et Nicolas à Paris où ils sont venus tous les deux assister à une journée de formation organisée par l’association ECC 2020.

Et ils sont repartis ravis, l’un comme l'autre. Ils ont pu rencontrer des maires et des élus et des futurs candidats qui leur ressemblent ; maires de villages, de bourgs, élus de plus grandes villes, hommes et femmes courageux qui, sans aucune expérience, se lancent dans l'aventure avec énergie et conviction pour le bien de leur commune.

Il y a tant à dire, tant à apprendre, tant de questions qui doivent trouver réponses, que les cadres d’ECC 2020 ont décidé de mettre en place tous les 15 jours un système de conférence téléphonique sur un thème différent à chaque fois (par exemple, la liste, le programme, le financement, la campagne, etc.

Nicolas surtout est très satisfait de cette formule où, avec son équipe, il peut piocher des idées, améliorer sa façon de faire, ou même se prémunir contre des fautes qui peuvent parfois être lourdes de conséquences.

Un seul mot ou une seule ponctuation déplacée peuvent parfois déclencher des tempêtes dont on se serait bien passé. Vous voulez un exemple de la force incroyable d'une virgule ?

Si j'écris : les candidats, qui avaient oublié la loi, ont été punis, je dis : que tous les candidats avaient tous oublié la loi et ont tous été punis.

Mais si je dis : Les candidats qui avaient oublié la loi ont été punis, je dis : que seuls les candidats ayant oublié la loi ont été punis.

Bon, certes dans cet exemple il y a deux virgules mais vous voyez l'importance qu'il y a à se relire. Et Nicolas a aussitôt soumis ce problème à son équipe et ils font depuis appel à une ancienne professeur de français qui, pour plus de vigilance sur le fond et la forme, s’est entourée d'une ou deux personnes. Elle appelle ça le comité de la hache et rien ne leur échappe.

Pour Jean-Pierre, le problème ne se posera pas vraiment, on ne va pas commencer à distribuer des tracts dans un village de 674 habitants où tout le monde ou presque se connaît. Jean-Pierre, lui, devra donc aller rencontrer personnellement et parfois plusieurs fois chacun de ses futurs administrés. Il y a ceux qui aiment parler et discuter et que l'on pourra rencontrer au bar du village. À Paris, Jean-Pierre, en discutant avec les uns et les autres, a appris qu'il n'était pas bon qu'il paye sa tournée à chaque fois, comme il le pensait. Non, il ne faut pas vexer. Il ne faut pas non plus parler trop fort, trop vite, trop savamment la langue de Molière ; il faut savoir se mettre à la portée des gens avec qui on discute. Un peu de patois local ne fait pas de mal.

C’est ainsi que, après avoir bien clanché la porte et donné du boujou à tout le monde, caresser la tête d'un bézot (un enfant), bire un coup, il ne faudra pas oublier de saluer en partant avec un joyeux : à tantôt !

Nicolas, lui, à Chavenay, devra barrer la porte, comme nos amis candidats en Vendée et comme nos amis québécois qui barrent aussi les portes car un bon nombre de leurs ancêtres ont embarqué pour la Belle Province des pontons de La Rochelle.

Si je vous raconte tout cela, c’est pour que vous vous rendiez compte comme tout est important dans une campagne, même le futile.

Jean-Pierre arpente donc le village pour aller à la rencontre des plus discrets, des plus timides et des plus âgés. Il a pris soin auparavant de s'enquérir auprès de la secrétaire de mairie des particularités de chacun : qui est veuf, célibataire, divorcé, au chômage, dépendant physiquement, un peu zinzin ; ceux qui sont nés là et ceux qui sont arrivés sous peu ; ceux qui ont des enfants, etc. Car, pour œuvrer efficacement pour le bien commun des habitants, il faut œuvrer en même temps pour le bien particulier de chacun d'eux .

Dans un village, le maire sait tout, peut tout et souvent, hélas, est jugé responsable de tout, même de la foudre qui est tombée sur le clocher de l'église la semaine dernière.

Tiens, à propos de l’église, Jean-Pierre est aussi allé à la rencontre du prêtre qui dessert le secteur paroissial. Il vient d'arriver cet été et a huit paroisses sous sa charge. Jean-Pierre est donc allé à sa rencontre au presbytère de Lambly et il a fait plus ample connaissance. C’est important car, même si les prêtres ne font pas de politique, ils savent reconnaître un homme droit, honnête, qui travaille pour le bien commun. Eux aussi sont amenés à voir beaucoup de personnes qui souvent leur demandent leur avis. Et puis cela aura permis à monsieur le curé de lui faire part d'une petite chose qui le chagrine : la messe de minuit, qui ,hélas depuis longtemps, n'est plus à minuit, sera célébrée cette année dans l'église de Berilly et il aimerait bien que cette fois-ci, quand les paroissiens sortent de l'église, vers 23h30, ils ne soient pas plongés dans le noir complet, ce qui leur permettrait même de prévoir un petit vin chaud sur la place.

Jean-Pierre a bien compris le message et il ira voir Bertrand, le maire actuel, pour régler ce problème avec lui.

Et oui, le bien commun c'est aussi cela, la lumière pour tous !