Hier soir, Jean-Pierre et Véronique, qui s'est finalement laissé convaincre, ont passé une excellente soirée chez Gilles et Annie, l'adjoint au maire que Jean-Pierre a rencontré au conseil municipal. C'est un couple d'enseignants à la retraite, à l’accueil chaleureux, qui vit un peu à l’écart du village dans l'ancienne ferme du grand-père d'Annie.

Ils y ont fait un jour la découverte d'un superbe alambic du temps des bouilleurs de cru, ils l'ont restauré et à présent le cuivre brille de mille feux. Ils ont créé avec quelques amis une petite association de sauvegarde du patrimoine autour de cet objet magnifique et de toute l'histoire locale qu'il reflète ; ils ont même réussi à obtenir les autorisations pour que les gens du coin l'utilisent pour leur propre usage ! C'était aussi la base de leur idée de jumelage avec un village allemand possédant presque le même alambic, mais Jean-Pierre qui a eu un mois pour se documenter sur la question les en a dissuadé : en effet, l'affaire est vraiment trop complexe et prétentieuse pour un petit village comme Bérilly, c'est du moins ce qu'il ressort des contacts qu'il a pu avoir avec l'AFCCRE[1].

En revanche, c'est à qui aura le plus d'idées pour rentabiliser et promouvoir l'alambic, même si certaines sont un peu loufoques, sans-doute plus inspirées par le calvados que par la raison !

Et l'on parle du village, de sa vie ou plutôt de sa survie, autant de problèmes que Gilles connaît bien : la boulangerie a fermé et c'est le café qui fait dépôt de pain, agence postale² et tabac. L'école ne fermera pas une classe à la prochaine rentrée, mais son avenir reste précaire. Le village compte bien quelques belles exploitations agricoles et deux artisans y ont installé leur atelier, mais il n'y a pas de médecin et rien n'est vraiment bien organisé pour le transport des gens qui n'ont pas de moyen de se déplacer. Et ne parlons pas d'internet, ni de la téléphonie mobile³! qui ne couvrent (et encore très mal) qu'une infime partie du bourg… Alors bien-sûr, dans ces conditions, difficile d’attirer de nouvelles familles désireuses de trouver le calme loin de la ville !

Y aurait-il des choses à faire pour améliorer la situation ? Gilles en tout cas en est convaincu mais le maire, un ancien agriculteur déjà bien âgé, ne semble pas bien motivé ! Alors, forcément, on parle, on refait même un peu l'histoire du village certains soirs au café, ou à l'apéro chez les uns ou les autres. Il y a des idées, des « taquas », des « fautquons », mais quelqu'un ou quelqu'une aura-t-il réellement le courage de prendre le taureau par les cornes ?

Jean-Pierre et Véronique ont réfléchi à cette soirée. Véronique a convenu avec Annie d'aller voir à quoi ressemble cette maison de l'alambic et pourquoi pas de lui donner un petit coup de main pour la développer. Ce sera un bon moyen pour connaître des gens aux alentours et s'occuper agréablement surtout l’hiver prochain quand on ne pourra pas travailler au jardin.

Jean-Pierre, lui, a l'intention de se pencher sur les problèmes du village4 ; il ira rencontrer le maire et après on verra bien, il ne faut pas aller trop vite ! Dans les villages il faut tout particulièrement préserver les susceptibilités des uns et des autres, surtout si, dans le fond, on est un étranger monté de Paris, et même si on est le fils de Léon et Augustine, dont on garde ici un très bon souvenir.

                   

 

[1]AFCCRE: Association Française du Conseil des Communes et Régions d'Europe créée en 1951 et présidée aujourd'hui par le maire de Sceaux, Philippe Laurent. Avec 1 000 collectivités territoriales en France et plus de 130 000 en Europe, elle a pour but d'informer, de guider et de soutenir ces collectivités dans la prise en compte des réalités européennes. Elle encourage et conseille dans la réalisation d'actions financées par l'UE. Elle entend regrouper tous ceux qui veulent faire de l'Europe leur priorité ! Et justement Jean-Pierre n'en fait pas spécialement partie !!

²Sur les 17 000 points de contacts appartenant au réseau La Poste,en France, 6000 sont des agences postales communales gérées par les mairies et 3000 sont des relais-poste gérés en partenariat avec des commerçants . Les agences postales communales ont été créées suite à un protocole d’accord de 2005 entre La Poste et les communes, Cette convention prévoit que les communes fournissent le local de l’agence, et qu’un ou plusieurs agents communaux assurent les prestations postales, y compris des services financiers de dépannage En contrepartie, La Poste verse à la commune une indemnité compensatrice qui couvre la rémunération des personnels, la part du coût du local affecté à l’agence postale communale (eau, électricité, téléphone, chauffage). Source : http://www.lagazettedescommunes.com/                                        

Toutes ces agences ne proposent qu'un tout petit nombre de services et malheureusement elles sont en constante augmentation !

³ARCEP : Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes, elle a confirmé en avril 2018 le « léger » retard du programme zone blanche signé en 2016 avec les quatre grands opérateurs de téléphonie mobile qui s'étaient engagés à couvrir en 2G toutes les communes, enfin au moins les centres !

4Ces questions de subventions européennes des projets communaux, de la maintenance d'un service postal et de l’accès au réseau téléphonique sont des questions essentielles pour la vie d'un village car elles touchent les habitants au quotidien ! Il est donc tout à fait nécessaire de les connaître Et puis je vous avais bien dit que vous alliez en voir passer bien des abréviations !!