L'automne s'est installé tout doucement sur le pays. Les premières gelées, le ramassage des châtaignes que l'on fait griller dans la cheminée, les tas de feuilles mortes et les petits enfants qui se cachent dedans car voici revenues les vacances de la Toussaint. Nicolas est arrivé hier avec sa petite famille. Il a hâte de pouvoir discuter un peu avec son père et profiter de ses conseils car il est un peu perplexe, notre Nicolas !

              Sur Chavenay, les projets de monter une liste nouvelle pour les municipales avancent. Mais ce qui, au départ, paraissait simple, se complique de jour en jour. Si tout le monde est d'accord sur le nom de la tête de liste, un médecin généraliste qui vient de laisser son cabinet, il n'en n'est pas de même pour les suivants de liste.

Première difficulté : la parité homme-femme. Pour les uns, elle est primordiale pour permettre aux femmes d'accéder à des postes de responsabilité municipale, pour les autres, elle est un affront fait aux femmes : n'est-ce pas sous-entendre que ces dernières, si elles ont le désir de s'impliquer, ne pourraient réussir que grâce à cette loi ?

La deuxième difficulté vient du fait de réunir sur une liste sans étiquette des sensibilités issues de familles politiques différentes. Ce qui prime alors c'est le consensus sur une ligne directrice acceptée de tous pour le bien commun, en vue d'un projet commun pour la ville, et en l’occurrence à Chavenay le refus de la vision de l'avenir de la ville proposée par l'actuelle équipe municipale.

En effet, à la sortie de la ville, la commune a acquis plusieurs grands terrains anciennement terre agricole et le maire souhaite y installer une zone de commerce réservée aux grandes enseignes : un deuxième supermarché, une enseigne de sport, de jouets, de jardinage et d’électroménager.

Mais l'opposition considère cette réalisation très hasardeuse et même dangereuse car disproportionnée par rapport à la taille de la ville. Et bien-sûr, c'est le commerce de proximité du centre-ville qui en pâtirait. A l'annonce de ce projet mégalo, déjà deux magasins n'ont pas trouvé de repreneur, un chausseur a été remplacé par un énième cabinet d'assurance et la mercerie risque fort de subir le même sort !

La future équipe, les amis de Nicolas, souhaiterait au contraire aider les petits commerçants à se maintenir ou à s'installer, et sur les terrains en périphérie favoriser l'implantation d'une zone artisanale pour les petites entreprises locales qui cherchent à se développer et créent des emplois : ils travaillent sur ce projet depuis quelque temps et ont déjà été sollicités.

La ville qui possède sa propre piscine couverte ainsi qu'un centre culturel flambant neuf abritant deux salles de cinéma est déjà très endettée et le maire actuel ne compte pas s’arrêter en si bon chemin ! Tout cela menace l'équilibre financier de la petite ville et il faudra bien, tôt ou tard  passer à la caisse ! A l'heure actuelle, tout semble aller comme sur des roulettes, mais les habitants ne se rendent pas compte que même les ampoules des somptueux lustres récemment installés dans la salle des mariages sont achetées à crédit !! Si, si ! Nicolas a réussi à venir à bout de sa lecture minutieuse de toutes les pages du futur budget et il est bien placé pour savoir que la commune dort sur un volcan,  à la merci des subventions.

Effectivement, ça ne peut plus durer ! Depuis des semaines, on ne parle plus que de la mobilisation des gilets jaunes qui se regroupent pour mener des actions contre les taxes abusives qui pleuvent sur les Français et notamment sur le prix des carburants. Ici, la voiture est souvent indispensable pour aller travailler et la colère monte. Nicolas connaît bien aussi le désarroi des retraités qui, d'année en année, perdent du pouvoir d'achat et n'y arrivent plus. Et quand il soigne les corps douloureux et usés, il doit aussi soulager les cœurs. Nicolas est inquiet d'entendre dans la rue certains propos extrémistes, même s'il peut comprendre le malaise. Tout ça peut mal se terminer.

La révolution par la rue ne donne jamais rien de bon. Il faudra bien d'une manière ou d'une autre retrouver le chemin du dialogue, et bien-sûr, sa détermination en est renforcée. Il faut agir vite et il en est convaincu : c'est en remettant à l'honneur le travail de concertation des corps intermédiaires et notamment des communes qu'on fera bouger les choses…

Mais le soir, épuisé par une grosse journée, ses charentaises écossaises rouges (cadeau de belle-maman) aux pieds, avec son vieux sweat délavé et son abominable velours côtelé sans forme, il se dit que quelqu'un d'autre que lui ferait tout aussi bien l'affaire : quelqu'un qui aurait moins de travail, moins d'enfants, plus de compétence.

                              

        Tu comprends, Papa, c'est un énorme engagement ! Je dois réfléchir !

                               Oui Nicolas. Il ne s'agit pas de foncer tête baissée ! Mais attends un peu ! Sers-nous un petit verre et je reviens avec un bouquin que je dois avoir quelque part et qui t'aidera à prendre ta décision.

                                Voilà, je l'ai trouvé, écoute !

                                 « Nous n'osons plus rien, parce que, ne sachant plus tout regarder à la lumière de la foi, nous ne pouvons avoir conscience de notre force. Aussi, tout nous inquiète-t-il. Notre indigence personnelle. Notre pauvreté. Notre petit nombre. Ne dites jamais : Nous sommes les minorités. Souvenez-vous d'un mot de l’Évangile prononcé par Jésus : « quand vous serez deux ou trois réunis en mon nom, je suis au milieu de vous ». Vous voyez qu'Il n'a pas parlé de majorité. Si vous êtes deux ou trois, ne vous comptez pas, mais hardiment, commencez ! On n’imagine pas ce que peut, pour le bien ou pour le mal, la plus petite poignée d'hommes, à la condition qu'ils aient l'union, la persévérance, le courage.

Ne dites jamais : il n'y a rien à faire. Cela c'est le langage des égoïstes ou, tout au moins, des faibles. C'est le langage de ceux qui ne trouvent jamais l'heure proche.

Ne dites jamais : nous serons vaincus. D'abord, qu'en savez-vous ? Entre la foi qui transporte les montagnes, la charité qui subsistera quand tout aura péri, il y a l'espérance, magnifiquement encadrée par ses deux sœurs divines. Pratiquez cette belle vertu d'espérance ; qu'elle soit comme un viatique qui soutient votre courage et vous incite à l'action.

Quand on combat pour Dieu, pour son Église et son pays, on est sûr de vaincre. Aimez votre cause pour que la joie de la servir soit, s'il le faut, pour vous, une suffisante récompense » (R.P de la Gorce)

                                    

Merci papa. Je peux garder ce livre ?

Bien-sûr ! Le lire et le relire ! Tu y trouveras beaucoup à apprendre. Son titre : « Pour qu'Il règne », mais les anciens comme moi l’appelons P.Q.R.

 

Bonne nuit fiston !