Février 2019

Peu de répit pour nos deux futurs candidats, Jean-Pierre et Nicolas.

Depuis le mois de décembre dernier, Jean-Pierre apporte tout le soutien qu'il peut à Bertrand, le maire de Berilly. Ils ont mis en place un cahier de doléances mais surtout, sans attendre le top départ théâtral national des municipales, ils ont reçu beaucoup de gens à la mairie. Ils ont écouté, expliqué, cherché ensemble des solutions, réconforté. Jean-Pierre a surtout pu rencontrer beaucoup d'habitants du village et Bertrand n'a pas caché sa volonté de lui passer la main au printemps prochain. Nous sommes à un an maintenant des élections municipales, et si l'on veut faire bouger les choses, c'est maintenant qu'il faut s'y atteler.

De retour chez lui, après un samedi passé au côté du maire pour gérer au mieux l'attente immense de tous ceux, nombreux, qui sont venus au renseignement, Jean-Pierre pousse la porte de la maison avec une petite appréhension. Déjà, il a été absent un bien long moment, et maintenant, il va falloir qu'il fasse part de sa décision à sa chère moitié. Il aurait dû, se dit-il, prévoir un petit quelque chose d'agréable pour faire passer la pilule : vous savez le fameux morceau de sucre qui aide la médecine à couler ! Bon tant pis ! Trop tard !

_ Chérie !! C'est moi !! Coucou ! Je suis rentré !! Il y a quelqu'un ? L'angoisse monte un peu. La maison, éclairée à l'accoutumée comme le château de Versailles (pas moyen d'éteindre en quittant une pièce !) est bien sombre ; juste une petite loupiote, peut-être au salon, ou bien la lueur du feu dans la cheminée. Véronique a-t-elle décidé de lui reprocher sa trop longue absence en sortant seule ce soir ? Où ? Avec qui ? Faire quoi ? Jean-Pierre, très vaillant toute la journée devant des gens mécontents, sent soudain son courage le quitter. Il rentre dans le salon et aperçoit la table parée comme pour Noël, couverte de bougies, avec une bonne bouteille au frais dans un seau et Véronique qui entre, royale, magnifique, habillée, maquillée, souriante.

_ Bonsoir mon chéri ! Chaque fois que notre vie a connu un rebondissement, nous marquions toujours le coup dans un bon restaurant pour en graver le souvenir. Hé bien ce soir, c'est chez nous, tous les deux, que nous fêterons ce nouveau cap. Car c'est bien cela n'est-ce pas que tu t'apprêtes à m'annoncer ? Tu acceptes d'envisager d'être le futur maire de Berilly ? Tu sais, non seulement je comprends tes arguments, mais je dois même t'avouer que si tu avais renoncé je n'aurais pas compris.

Ce village a abrité notre famille pendant tant d'années, nous nous devons de lui rendre un peu de ses bienfaits, et puis rester les bras ballants dans cette période de crise profonde est impossible ! A nouveau, les murs de la fondation du royaume tremblent, à nouveau les ennemis sont autour pour souffler sur les braises de la colère, mais il reste encore un espace de vraies décisions au plus près des besoins réels des gens et ce sont nos mairies. Ils avaient bien essayé de détruire nombre d'entre elles mais les Français y sont à juste titre fort attachés. C'est le seul lien avec l'autorité démocratique qu'ils respectent vraiment et en qui ils ont encore confiance. Et pour nous, catholiques, c'est un devoir impérieux de ne plus accepter de laisser la place à ceux d'en face. Il faudra bien pour tout restaurer tout remettre à plat et tout reprendre à la base. Et la base ce sont nos villages et nos familles, alors oui chéri, je suis fière de ta décision et je serai là à tes côtés. Ce soir on fête ça ! Ouvre donc la bouteille !

Jean-Pierre est ému aux larmes et fier, si fier de son épouse. Les mois à venir vont être bien chargés. Pour commencer, il a décidé de jeter un œil sur les comptes de la mairie avec la secrétaire que le village partage avec une autre municipalité. Il veut vérifier les investissements, les dotations, les subventions. Pour chaque grand chapitre il faudra ensuite, qu'avec le maire, ils se réunissent avec l'élu en charge du dossier, pour voir s'il y a des choses à améliorer, et d'autres à corriger pour progresser. Et puis il faudra faire des propositions chiffrées si possible, c'est encore mieux, pour que chacun se rende compte d'où vient l'argent et où il va. Et ainsi de suite, pour la voirie, l'assainissement, l'école maternelle et primaire, le garde champêtre, le cimetière, la salle des fêtes et le terrain de sport, et aussi l'église et tant d'autres choses ! Mais chaque chose en son temps.

Ce soir il est heureux. Il se sent l'âme d'un Clovis, d'un Charlemagne, d'un grand conquistador. Ah, se dit-il, il faudra que demain j'appelle Nicolas pour lui annoncer. Et j'espère que lui aussi aura pris sa décision. À nous deux, les Germeur, père et fils, nous serons les maîtres du monde !!!!