Mai 2019

Les fêtes de Pâques sont passées. Et cette terrible Semaine Sainte qui a vu brûler Notre-Dame de Paris.

A Berilly pendant plusieurs jours, on a parlé que de ça : au bistrot, au marché, dans la salle d'attente du médecin, partout, sur toutes les lèvres, la même stupeur et le même chagrin. Et que l'on soit communiste, communard, grenouille de bénitier, bouffe-curé, anti-calotte, jeune ou vieux, chacun commentait les terribles images vues sur les écrans. Mais, pour Jean-Pierre, ce fut un grand moment de bonheur et d'oxygène. Depuis le 17 novembre, il n'entend que plaintes, que critiques. Il ne rencontre que des gens désabusés, acerbes, râleurs, et soudain, en quelques heures, les mêmes se retrouvent à l'unisson pour pleurer la perte de ce joyau historique inestimable qu’est Notre-Dame.

Et dans ce pays qui ne croit plus en rien, il entend parler sur toutes les ondes de la Vierge Marie, de la foi, des miracles, de la sainte patronne de la France. Il entend des prélats qui parlent avec foi et charité. On souligne même que c'est la Semaine Sainte. C'est un immense bonheur et un immense espoir. Le peuple franc, héritier de Clovis et de Sainte Clotilde, fils de la France, la fille aînée de l'Église, n'est pas mort ! Pas totalement. Le feu de la foi, de l'espérance et de la charité couve encore sous les cendres.

Et Jean-Pierre avait bien besoin de ce petit rappel parce que les mois derniers ont bien mis à mal sa détermination à vouloir être le prochain maire de Berilly. Cela vaut-il la peine de se donner tant de mal pour des concitoyens qui n'en n'ont cure, du moment qu'on leur donne des loisirs et qu'on les assiste pour tout le reste jusqu'à leur mort qu'ils veulent dans la dignité (traduire qu'on veuille bien les tuer avant de la voir venir). Mais s'il reste encore un peu de sens moral, un peu d'enthousiasme pour le beau, le bien, le vrai, le pur. Si on est capable de se redresser, de pleurer, de prier devant un tel spectacle de désolation, alors rien n'est définitivement perdu ! On souhaiterait presque que toutes les cathédrales soient la proie des flammes ! Alors Jean-Pierre est regonflé à bloc. On va rebâtir Notre Dame et ce sera long, cher et compliqué. Et bien de même, il faut reconstruire nos villages chrétiens mieux qu'autrefois, autour de leur église, pour y mettre la paix, l'entente, l'harmonie, la charité.

Et pour commencer, Jean-Pierre a proposé au maire d'organiser un loto, comme on le faisait il y a encore quelques années dans la salle commune et on y conviera les villages du canton. Tout l'argent récolté ira à la Maison des Compagnons du Tour de France de Lisieux, pour qu'elle puisse continuer à héberger et former dignement les ouvriers qui demain peut-être seront appelés à participer à la restauration de Notre-Dame. L'idée a été accueillie avec beaucoup d'enthousiasme. La date choisie est le 8 Mai. Le programme : après la cérémonie au monument aux morts, apéritif et repas sur le terrain de boules. Grillades frites sandwichs glaces et boissons, sous tente si le temps est incertain et pour un petit prix familial. Puis, dans l'école, le loto. Avec de jolis lots que certains veulent bien se charger de récolter auprès des commerçants de Lisieux. Jean-Pierre s'est proposé pour la réalisation et l'impression de petits tracts (ne lui parlez pas de flyers ça l'insupporte) et d'affichettes. Tous les journaux locaux ont été prévenus.

Évidemment, au-delà de la récolte de fonds et de la bonne ambiance du village, Jean-Pierre sait aussi, que cette journée lui donnera une formidable occasion de se faire connaître et d'annoncer sa future candidature. Monsieur le Maire dira quelques mots à l'école au début de la séance et ils se sont mis d'accord : il officialisera l'événement. Il faudra aussi recruter de nouvelles vocations d’élus. La semaine dernière, un adjoint, ancien copain d'école du maire, c'est-à-dire du même âge, a annoncé sa décision de passer la main. Et il ne sera peut-être pas le seul.

Jean-Pierre aimerait bien faire plus ample connaissance avec un jeune professeur des écoles qui vient de racheter une maison à la sortie du village et qu'il a déjà aperçu avec sa petite famille à un pèlerinage diocésain à Lisieux. Mais avant cela,  il attend Nicolas et compagnie qui viennent passer quelques jours avant la rentrée des classes. Il lui en parlera et il a hâte de savoir comment cela avance pour lui à Chavenay !