C'est le week-end de l’Ascension. Bérengère la deuxième de Nicolas fait sa première communion et Jean-Pierre et Véronique sont ravis de revoir leurs petits-enfants.

Le temps est au beau fixe,  la température est douce, la journée fut très chargée en émotions, rires bruits et animation des enfants de la famille et des amis.

Les deux couples, une fois les enfants mis au lit, prennent le frais sur la terrasse en bavardant de choses et d'autres. Puis il se fait tard, Mesdames annoncent leur désir d'aller se reposer et Messieurs décident de prolonger un peu cet instant agréable autour d'un petit verre de cognac.

Et comme souvent,  on refait le monde. Les élections viennent de se terminer: on dresse un constat bien pessimiste ! Si on avait eu des espoirs d'un redressement, c'est bien foutu à présent. Il n'y a plus qu'à attendre le miracle, l'envoyé de Dieu…

Et puis un deuxième cognac et un bon cigare que Nicolas réserve aux grandes heures. Jean-Pierre se souvient de toutes ces journées passées à écouter Madiran, Gustave Thibon, Jean Ousset, Marcel Clément. . . Il se souvient de ce congrès de Lausanne où il avait accompagné son père : il avait 18 ans ! « Le sens chrétien de l’histoire » : cette conférence de clôture qu'il n'a jamais oubliée !

Internet, quelques clics : il retrouve ces paroles fortes et Nicolas, lui, les découvre !

« Courage! Indéfectible espérance ! À l’action donc ! Et pour cela… une élite d'hommes non seulement instruits, habiles,  résolus,  tenaces, mais divers à l’extrême. Répandus en tous lieux et milieux. . . Une élite qui ait compris qu'au moment où,  partout dans le monde, la révolution se fait « culturelle » pour mieux s'emparer de tout l'homme, on ne risque guère de faire progresser la vérité si on ne la professe qu'à moitié. La vérité n'est enthousiasmante que si elle apparaît dans la splendeur de son universalité !: doctrine catholique, confirmée par l'histoire.

Si nous osions vraiment demander, il nous serait donné !

Si nous frappions vraiment à la porte, il nous serait ouvert !

L’Évangile le prétend: y croyons-nous ?

Et ne risquons-nous pas,  au contraire de mériter de nous entendre dire ce que la mère du dernier roi maure de Grenade put lancer à son fils quand il dut quitter sa capitale devant les armées victorieuses : « Il est inconvenant de pleurer et de trépigner comme une femme quand on est en train de perdre ce qu'on n’a pas eu la volonté,  la ténacité de défendre comme un homme ! »

Nicolas est scotché. Il a beaucoup appris et beaucoup reçu de son  père, mais là c'est une découverte !

Et un moment de silence se fait un moment de gravité : un de ces moments qui compte pour l'éternité.

Et nous? Pourquoi ne pas essayer de nous battre aussi plutôt que de rester les bras ballants et de gémir ?

Pour nos enfants, nos petits-enfants !

Que peut-on faire, par quoi commencer, vers qui se tourner ? Être catholique et entrer dans un parti c'est impossible aujourd'hui, mais à notre niveau il reste encore peut-être des choses à sauver, à restaurer autour de nous, dans nos villages, nos écoles ?

Il se fait tard, le froid et l'humidité et la fatigue commencent à faire frissonner nos deux amis. Une accolade et on se retire. Mais pour nos deux compères, le sommeil ne viendra pas tout de suite: une petite étincelle s'est allumée dans leur âme !

Reposez-vous bien,  Jean-Pierre et Nicolas, vous en aurez besoin !