Posté le 19 novembre 2018

Tous les maires ne dépriment pas

maison

Dans un précédent article nous faisions état du grand nombre de maires qui, désabusés, ne se représenteraient pas aux prochaines élections municipales. Il en existe encore pourtant, Dieu soit loué, qui sont contents de leur sort et invitent même les catholiques à briguer cette fonction. Ceux qui s’intéressent à cette question et envisagent de se présenter aux élections municipales peuvent obtenir aide et formation auprès d’Elus Catholiques dans la Cité 2020 (www.2020.eluscatholiques.fr)

Le témoignage de ce maire, publié dans la revue de juin de « Famille d’abord » du Mouvement Catholique des Familles (www.m-c-familles.fr) met du baume au cœur…

Pour apprendre d’un élu comment l’autorité peut s’exercer au plan politique local, Famille d’Abord s’est rendu dans une commune du centre de la France. Son maire, Bernard Piot, répond à nos questions. Nous avons conservé le style parlé de cet entretien.

Monsieur le Maire, merci de recevoir FdA. Pouvez-vous nous dire quels principes conduisent l’action d’un élu catholique ?

Ce sont les principes de toute action politique catholique : le travail mené au profit du bien commun des électeurs de la commune. Cette contribution ne peut donc s’envisager pour un catholique que dans le respect de la loi naturelle, inscrite par Dieu dans la nature humaine, et donc en restant fidèle aux enseignements de l’Eglise. Cela nécessite une vie vertueuse, une raison droite, et la ferme volonté d’œuvrer pour que les habitants et familles de la commune vivent dans un cadre le plus vertueux possible.

Quelles actions un maire catholique mène-t-il en priorité ? Pouvez-vous nous en citer quelques-unes ?

D’abord les actions que tout maire, même non catholique, doit mener au plan naturel dans le cadre de l’ensemble des compétences dévolues à la commune. Mais c’est dans le domaine culturel, l’action sociale, l’organisation du cadre de vie et à l’occasion d’événements particuliers, de commémorations, et plus généralement dans les différents contacts qu’il entretient avec la population que le caractère catholique de l’action peut le mieux s’exprimer.

Il s’agira, par exemple, de maintenir une crèche sur la place du village en impliquant la population dans sa construction, d’organiser une célébration religieuse à l’occasion d’une commémoration (11 novembre), de la fête du saint patron de la commune ou de sa profession emblématique (la Saint Vincent pour les villages viticoles), de la fin des moissons ou des vendanges ; de remettre à l’honneur les rogations ou un pèlerinage local, de consacrer son village au Sacré-Cœur, de lutter contre le caractère satanique d’Halloween, etc.

Les actions peuvent aussi s’inscrire dans l’animation sociale ou périscolaire, avec l’appui d’associations : voyage scolaire, visite organisée pour les personnes âgées, exposition dans la salle communale, organisation d’une bibliothèque communale…

Enfin, il y a aussi l’action personnelle de l’élu : ses prises de position dans ses discours, son contact personnel avec les habitants, son engagement pour accompagner les gens dans leurs problèmes personnels, familiaux, professionnels, relationnels avec leur voisins ou l’administration… Souvent, dans les petites communes, l’on dit que le maire est devenu à la fois le garde champêtre, l’instituteur, le curé, et l’assistante sociale : il y a beaucoup de vrai dans cette image…

Y a-t-il des obstacles constitutionnels majeurs qui limitent ou empêchent vos actions ? Quelle stratégie adoptez-vous en ce cas ?

Nous œuvrons dans un système politique qui est la démocratie. Le pouvoir du maire ne peut s’exercer que dans un cadre qui respecte la constitution de notre pays et l’ensemble des lois votées par notre parlement. Pour un catholique, il est évident que certaines dispositions sont en opposition fondamentale avec la Foi. Quelle stratégie adopter ? D’abord, sans renier ses principes, user de prudence et d’intelligence pour éviter l’affrontement direct. Mais si le maire est acculé, il ne lui reste que l’objection de conscience pour renoncer à appliquer une mesure. Objection de conscience dont la «constitutionnalité» n’est d’ailleurs pas acquise, ce qui voudrait dire qu’en cas de problème de cet ordre, le maire risque fort d’être amené à être destitué par l’Etat. Mais toujours, il est nécessaire de se poser cette question : que puis-je faire de mieux pour le bien commun, sans renier ma foi, ni désobéir aux commandements de Dieu et de l’Eglise ?

Comment définiriez-vous l’exercice de l’autorité d’un maire ? Sur son conseil municipal ? Sur sa commune, auprès de ses électeurs ?

L’autorité d’un maire lui vient des habitants de son village et de son Conseil municipal qui l’a élu. Contrairement aux fonctionnaires, ce n’est pas un pouvoir qui vient du haut, mais bien de la base (des habitants de la commune). Il a donc une légitimité généralement bien admise. Cependant, pour un catholique, pour qui tout pouvoir vient de Dieu, («Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir s’il ne t’avait été donné d’en haut»), le scrutin démocratique municipal n’est que le moyen légal pour être investi de cette autorité. Dans son exercice, cette autorité se développe dans un cadre démocratique où le maire ne peut rien faire sans le consentement de la majorité de son conseil, sauf pour quelques compétences (comme le pouvoir de police, mais il devra tout de même en rendre compte à son conseil). Or, le maire catholique n’est que rarement l’élu d’un conseil municipal catholique. Pour respecter les principes énoncés plus haut, il lui faudra donc user de prudence, de persuasion, de patience… et d’une manière générale, ce sont ses propres vertus (intelligence, force, courage, prudence, justice…), soutenues par des principes sains, qui lui permettront de développer son autorité. Dans la pratique, et sans tomber dans la démagogie, c’est généralement, sur la reconnaissance des habitants (et des électeurs) que s’assied l’autorité du maire.

Quels conseils donneriez-vous à un maire, ou à un candidat, pour le guider dans l’exercice de cette autorité ?

Un maire doit avant tout désirer servir et être le plus vertueux possible dans l’exercice de sa fonction, comme pour tout devoir d’état. On ne peut donner que ce que l’on a, ou ce que l’on est. La commune est un domaine où l’action politique peut encore s’exercer sans sombrer dans la «politique politicienne» (mais pour combien de temps ? La mise en place des communautés de communes ne va pas améliorer les choses dans ce domaine…). Elle est le premier niveau de l’action politique, le plus proche des personnes et des familles. C’est donc un véritable terrain d’apostolat, et je ne peux qu’inciter, et inviter tout catholique disponible à s’engager à son service.

Entretien réalisé par Charles Benoît