« Mon épouse m’a demandé si j’accepterais d’être le témoin local sur l’action politique pour le droit et la justice … Je ne sais si j’avais le choix (on dit souvent : ce que femme veut ! …), mais j’ai accepté de vous parler de mon expérience. Je vais donc essayer de vous faire revivre ou vivre ce que je vis en tant que conseiller municipal d’une petite commune.

Je vous propose d’articuler mon intervention en trois parties :

  • Une 1ere partie où je vais vous raconter les circonstances qui m’ont amené à être élu Conseiller Municipal
  • Une 2e partie où je vous expliquerai ma vision de l’engagement politique
  • Une 3e partie plus concrète où je vous donnerai des exemples concrets de situations ou actions vécues depuis que je me suis lancé dans l’aventure.

Comment en suis-je arrivé à être Conseiller Municipal ?

Comment on devient CM ? En tout cas pour moi il n’y avait pas de prédestination, de volonté absolue et innée à faire de la politique même locale. Bien sûr comme d’autres, j’aimais les débats politiques, l’adrénaline des contre manif étudiantes à l’époque de la loi Devaquet, la marche pour la vie, les débats parfois houleux…

En fait c’est plutôt un évènement particulier sur ma commune qui m’a amené au fil des évènements à me retrouver élu au sein du Conseil Municipal :

J’ai été abordé un jour sur le marché de St Contest par des habitants qui montaient une association pour s’élever contre la construction d’un immeuble de 4 étages face à l’Eglise de St Contest, Eglise classée du XIe siècle. Face à un tel projet, je me suis tout de suite engagé au sein de cette association. On peut dire que ma première action politique sur St Contest a donc commencé dans la contestation, contestation contre l’atteinte au patrimoine architecturale de la commune.

J’ai été assez actif dans la rédaction et la distribution de tracts, et notre action a débouché sur quelque chose que nous n’avions pas prévu, à savoir la démission de la majorité des conseillers municipaux, alors que l’objectif de l’association était juste de stopper le projet en l’état. Du coup, devant le manque de CM, le maire a été contraint d’organiser des élections complémentaires pour reconstituer un CM suffisant.

Se pose donc à l’association la question de savoir quelle suite donner au combat ; personnellement, je recommande au président de l’association de monter une liste pour être cohérent mais sincèrement je ne m’incluais pas du tout dans cette liste, je n’étais qu’un simple adhérent à l’association ne faisant même pas parti du bureau.

Finalement, comme la plupart des membres de l’association ne sont pas volontaires et que je me suis fait un peu remarquer par les tracts, on me demande si je suis partant, et c’est ainsi que je me retrouve embarqué sans vraiment l’avoir prévu sur une liste. J’avais pris soin de préciser que je ne souhaitais être que figurant, n’ayant pas beaucoup de temps et surprise !… je découvre un tract où je suis en 3e position.

Nous n’avons pas été élus au final et j’en sors soulagé car je n’étais pas prêt.

Toutefois, une petite étincelle me titille : j’ai fait le meilleur score de ma liste alors que je ne suis même pas tête de liste … Tout simplement parce que j’avais réalisé et distribué un tract sur l’état déplorable des dépenses de la commune qui risquait d’engendrer des hausses d’impôts futures si rien n’était fait !

J’indique volontairement ce petit fait, car c’est ce qui m’a fait prendre conscience que même en faisant peu on peut avoir une influence, des résultats. Car ce tract m’a été régulièrement cité depuis par des habitants dont je faisais la connaissance : « Ah c’est vous qui aviez dénoncé la gestion de la commune ?! J’avais beaucoup apprécié … ». Pour vous dire, même des membres de la liste opposée me l’ont dit après coup !

En tout cas, cet épisode m’a fait m’intéresser plus à ma commune. Je suis allé régulièrement au CM, et en 2013 lorsque les élections de 2014 ont commencé à se préparer, on est venu me proposer de figurer sur une liste.

J’ai assez naturellement accepté, après avoir validé que nous avions les mêmes objectifs sur la commune (défense du projet autour de l’Eglise et maitrise des dépenses) et me voilà embarqué dans une nouvelle campagne qui a débouché sur mon élection en mars 2014.

Quelle est ma vision de l’engagement politique ?

Lorsqu’on se sent différent du politiquement correct, je pense qu’on se pose toujours la question de l’utilité de l’engagement politique ou, en tout cas, comment arriver à faire passer ses idées.

De ce fait il est important de travailler sur 3 points

1/ Se former, se documenter

2/ Se poser la question de l’étiquette politique, de l’adhésion ou non à un parti

3/ De se donner une ligne de conduite, et des limites.

 

1 - Se Former, se documenter

Pour agir, intervenir dans le monde politique il faut être prêt. En face vous n’avez pas que des amis et il faut donc pouvoir réagir, discuter, argumenter, bref il faut essayer de connaître, maîtriser au mieux les sujets.

  • Se former à la technique (gestion,…) mais aussi aux idées :

Comme je n’y connaissais rien en terme de fonctionnement, de gestion d’une commune, j’ai cherché des formations d’élus qui répondent à ma vision de la société.

La seule que j’ai trouvée était organisée par ICHTUS à Paris. Je pense qu’un certain nombre d’entre vous connaissent cet un organisme qui œuvre pour l’action au sein de la cité. 

J’y ai rencontré deux personnalités très riches et très intéressantes par leur parcours politique : Christian Vanneste et Xavier Lemoine, tous deux avec un parcours différent ; le premier est élu municipal pendant 25 ans à Tourcoing, conseiller régional et 3 fois député UMP, le deuxième est maire de Montfermeil dans le 93 depuis 2002. Ces deux rencontres ont largement contribué à assoir la vision de mon engagement politique.

J’ai retenu deux messages de l’un et de l’autre.

J’ai demandé à Christian Vanneste ce qu’il retenait de sa vie politique et où il estimait avoir été le plus utile. Il nous a indiqué, sans aucune langue de bois, que là où il avait eu le sentiment d’être le plus utile a été son mandat municipal, notamment à la culture. En tant que député, il a reconnu que les ors de la république du Palais Bourbon sont très euphorisants, valorisants, mais qu’aucune des propositions de lois, amendements déposés par ses soins sur des sujets de société mêmes dans les mandatures où il faisait partie de la majorité n’a jamais été retenu. Il y avait toujours la culture de l’excuse. C’est vraiment au niveau local, en tant qu’adjoint à la culture, qu’il a pu faire des choses concrètes, notamment en orientant le choix des livres achetés par la commune.

Xavier Lemoine m’a démontré de son côté, de manière extraordinaire, que ne pas accepter certains sujets, de manière parfaitement claire et non ambigüe, n’est pas un frein à être reconnu. Il a notamment affirmé que sa Foi était un guide en politique … Il a été un des rares maires à afficher ouvertement sa volonté de ne pas procéder à des mariages homosexuels. En malgré son engagement fort, il arrive à garder une commune, prise aux communistes, et a été réélu en 2014 avec + de 61% !

2 - Se poser la question de l’étiquette politique, de l’adhésion ou non à un parti

Question bien délicate … Comment être le plus efficace : en étant libre ou contraint ? Question difficile à trancher de manière absolue.

Voici quelques exemples pour apporter des éléments de réflexion : Christian Vanneste, a dû quitter l’UMP pour ses positions liées à la place de l’homosexualité dans la société ; Xavier Lemoine est passé par le MPF, l’UMP et il est aujourd’hui au PCD, mais revendique très clairement une liberté dans la réflexion, l’action et dans les fréquentations. Il a notamment déclaré : « Je n’ai de compte à rendre qu’à ma conscience, et non à un parti politique». Autre exemple très récent avec Jean-Christophe Fromentin, Député Maire de Neuilly Sur Seine, il vient de quitter l’UDI après les dernières élections régionales. Dans un article très intéressant dans le N°1979 de Famille Chrétienne intitulé « Changer la politique par le bas » (le bas c’est les échelons bas, donc la commune), il explique qu’il veut rester libre et dénonce le verrouillage des idées par les partis, raison pour laquelle il quitte l’UDI.

La reconstruction passe sans doute aussi par l’émergence de nouveaux mouvements plus ouverts au débat d’idées, comme l’Avant-Garde (Vanneste, Million, Begbeider), Liberté Politique – France Audace (François Billot de Lochner). Et par la stratégie de reconquête par une reconstruction parallèle ; prenons comme exemple les Ecoles Libres Hors Contrat, en autres …

Selon moi, les petites communes présentent un gros avantage : celui de ne pas s’inscrire dans la logique des partis politiques, car on est presque toujours « sans étiquette ».

3 - Se donner une ligne directrice et des limites

Au-delà ou avec l’aide de la formation, il est important de se donner des lignes directrices et des limites. Personnellement, pour m’aider dans mes interventions et dans mes actes, je garde en tête quelques maximes simples :

« Que Ton Oui soit Oui, que Ton Non soit Non!»

« N’ayez pas peur … »

«Tout ce que vous ferez au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous le ferez.»

 « Apprenez nous à être généreux, …à donner sans compte, ... » (La Prière Scoute)

Et je rendrais aussi hommage à Alliance Vita, dont je suis membre depuis plusieurs années, avec laquelle j’ai beaucoup appris et travaillé sur la défense du plus faible, l’écoute bienveillante, charitable, et le respect de l’autre.

Nous avons un rôle d’éclaireur des consciences, au risque de passer parfois pour l’empêcheur de tourner en rond ! Il est important dans nos interventions de tout faire pour éviter l’attaque des personnes et rester sur le débat des idées.

Nous mesurons l’importance du débat d’idées en regardant ce qui se passe dans les media : qui fait l’audimat, qui est au top des ventes des livres à la FNAC, etc.

Zemmour, Villiers, Finkelkraut, ….des polémistes dits réactionnaires ! Nos adversaires ont en bonne partie perdu le combat des idées, mais ils tiennent encore les media et le système

Situations et actions vécues depuis mon engagement :

Un tout petit préalable sur ce sujet pour ceux qui voudraient s’engager au niveau de l’action communale. Il faut accepter de prendre des coups et donc travailler sur soi afin de les accepter ou de les déjouer. Il y a donc, pour moi, un côté ‘‘jeu stratégique’’ dans la vie politique communale, où l’on doit souvent tester pas seulement nos adversaires les plus affichés, mais aussi ceux avec qui vous pensez bien vous entendre ! Ce jeu stratégique n’a pas un but machiavélique bien sûr, mais a plutôt comme objectif de pouvoir arriver à avoir certains résultats sans laisser de côté ses valeurs.

 

  • Vote et consignes de vote :

Ma première situation concrète a eu lieu lors de la campagne 2013 (je précise qu’en début de campagne j’étais 12e sur une liste de 19) : arrivent la définition du programme et des règles de fonctionnement du groupe et une de ces règles de fonctionnement concerne le vote … Nos têtes de liste nous expliquent que nous devons montrer une unité ; il y a donc le temps du débat, mais ensuite, il y a la position de groupe adoptée démocratiquement à la majorité, position que tous doivent défendre ensuite. En clair « je ne veux voir qu’une tête ».

J’ai donc créé mon premier incident dans ma liste, en affichant mon désaccord sur ce point et en indiquant que je garderai toujours sur le principe ma liberté de conscience, et donc ma liberté de vote. Sur le moment je peux vous assurer, en voyant la tête de tous ceux qui étaient autour de la table, que j’allais me faire bien vite rayer de la liste … Et tout à coup, j’ai eu une inspiration : comme je vous l’ai dit, il y avait deux thèmes majeurs de campagne : la défense du centre bourg autour de l’église et les finances de la commune. On était à l’époque où plusieurs églises avaient été détruites en France. Je leur ai donc tenu ce discours : « Imaginez que pour assainir les finances de la commune vous proclamiez demain que, la commune ne pouvant plus entretenir l’église, il a été décidé de la détruire ; si la majorité du groupe est pour, alors je peux vous assurer que malgré tout, je refuserai de voter pour … »

Et cet exemple m’a permis de gagner ma première bataille des idées.

Pour la petite histoire, comme j’ai été très actif pendant cette période de préparation de programme et de campagne, sans jamais chercher le moindre compromis, mais en apportant mes arguments, à la fin, la majorité de la liste a demandé à ce que je me retrouve en 2e position ! Ce qui m’a permis d’être élu !

Dans le vote je vous rappelle aussi une de mes maximes : « Que ton Oui soit Oui ».

L’abstention pour moi ne doit être que très exceptionnelle. Cela veut dire « je ne sais pas ». Cela peut arriver mais à un moment donné si quelqu’un ne sait jamais, on peut se demander à juste titre ce qu’il fait là. Par contre, à chaque fois que je vote différemment de la majorité je fais en sorte d’expliquer calmement ma position. Et je puis vous assurer aujourd’hui que mon vote à un certain poids, car je ne suis pas vu comme un opposant bête et méchant, mais comme quelqu’un qui a une position claire, avec des explications à la clé. Mais je puis aussi vous assurer que c’est compliqué de toujours chercher à garder son indépendance d’esprit et de ne pas succomber à la tentation de rester dans la masse (pour rappel : le Conseil Municipal est public avec la presse et la présence éventuelle d’habitants, lesquels assistent aux débats du conseil, mais ne peuvent prendre la parole).

  • Célébration des mariages pour tous

Refus dès le début de la campagne alors que je devais être 1er adjoint.

  • Economies budgétaires

Avoir une saine gestion et un sens de la justice, en ne supprimant pas par exemple l’éclairage de l’église et le salaire du curé pour faire des économies.

  • Annonce de la Messe d’intronisation du nouveau curé
  • Téléthon

 

  • Je ne suis pas Charlie

 

  • Loi Notre – Mutualisation des services dans l’agglomération

 

  • Mettre : Joyeux Noel et pas uniquement Bonnes Fêtes
  • Savoir rendre service à la commune sans renier ses convictions

Par exemple lors des permanences de vote le dimanche, on peut accepter en dehors des horaires de messe.

  • Autres actions en cours : Débat sur les migrants – Affichage Soutien Chrétiens d’Orient à St Contest et projet d’un Concert au profit des Chrétiens d’Orient

Il est important d’être reconnu :

  • Sur le plan technique, en s’engageant, travaillant, et en montrant qu’on n’est pas là uniquement pour critiquer mais pour avancer, construire, apporter sa valeur ajoutée. Comme on dit dans le jargon de l’entreprise « être force de proposition ». On devient alors reconnu pour son avis et l’avis est attendu, écouté ; on peut alors vous proposer de prendre en charge des projets même si vous n’êtes pas dans l’équipe majoritaire. Servez-vous de vos compétences ! Pour moi, par exemple, mon métier de Direction Financière et Direction des Ressources Humaines m’apporte beaucoup, même si le monde de la fonction publique et du fonctionnement d’une mairie m’était totalement inconnus.
  • Sur le plan humain ; c’est sans doute un des résultats les plus inattendus et inespéré. Etre reconnu par ses opposants les plus frontaux sur le plan humain ! D’où l’importance de prendre le temps de dire bonjour, de discuter avec eux, sans tomber dans la fausse amitié mais en se tutoyant par exemple, etc.

 

Conclusion

En conclusion, l’expérience que je vis au sein de ma commune est très enrichissante, passionnante mais aussi très prenante : attention à en être conscient et que votre conjoint le soit aussi !

Enrichissante sur le plan humain car j’ai appris à côtoyer, parfois à me confronter avec des gens très différents de moi sur tous les plans : politique, moral, religieux … ; personnes que je n’aurai pas côtoyés autrement. Dans le monde politique et communal, on parle souvent de démocratie, de liberté, d’égalité mais vous remarquerez que bien souvent le mot fraternité n’est que très peu utilisé. C’est à mon sens notre arme contre tous ces donneurs de leçon : la charité.

Ce retour vers la charité, le respect de l’autre doit nous guider dans tous les domaines et nous permet de marquer quelques petits points. Servir et non se servir, c’est ce qu’oublie beaucoup d’élus !

Faire du bien c’est aussi transmettre, défendre des idées, une vision de la société qui puissent rendre les personnes plus heureuses. J’ai la chance d’être dans une petite commune et c’est sans doute plus facile que dans une grosse ville ; si j’habitais une métropole régionale, je ne sais pas si j’aurais pu avoir cette expérience.

Dans le monde communal, sans être élu, on peut déjà s’intéresser à la vie communale en s’engageant sous d’autres formes :

  • CCAS (Comité Communal d’Action Sociale) dans lequel des habitants peuvent figurer sans être élus, mais nommés par le maire. Donc si les débats de conseil municipal ne sont pas votre tasse de thé, mais que vous préférez travailler pour la défense des plus faibles, alors cherchez à rentrer dans ces CCAS qui œuvrent beaucoup pour les personnes âgées mais aussi pour les familles éclatées ou dans des situations difficiles. Il est important que le monde n’entende pas seulement des mots tels que laïcité, liberté, égalité, mais aussi charité, amour, respect de l’autre …
  • Associations: Nous savons tous que l’Histoire s’écrit ou se réécrit ; s’engager dans des associations défendant l’histoire de notre commune ou défendant le patrimoine (les églises coutent cher à entretenir et certaines communes, lorsqu’elles ne vivent plus, ont fini par les détruire), organiser des concerts, des visites de l’église, faire un circuit historique, etc.
  • Les activités périscolaires : on peut faire passer beaucoup de messages aux enfants.
  • Ecole (AVS)

Je finirai en citant une intervention de Xavier Lemoine dans laquelle je me retrouve totalement. »

Peut-on administrer concrètement une collectivité tout en respectant la Doctrine sociale de l’Eglise ?

Xavier Lemoine : « La réponse est à deux niveaux. Peut-on absolument, en tous points, gérer une municipalité en se conformant exactement à la Doctrine de l’Eglise ? Cela paraît compliqué, voire franchement impossible, eu égard aux contraintes pesant sur les élus et ne dépendant pas de leur volonté. Mais, si la question est de savoir si l’on peut, en tant qu’élu, aborder l’ensemble des problématiques à la lumière de l’enseignement de l’Eglise, alors la réponse est oui. Chaque problème peut et doit être appréhendé à travers la doctrine sociale de l’Eglise, en recherchant la Vérité et le Bien commun. »

Plus précisément, comment un élu catholique peut-il assumer sa foi et en faire un moteur de son action politique ? Est-ce votre cas ?

Xavier Lemoine : « Je n’utiliserai pas le terme de ‘‘moteur’’ mais plutôt de guide. Oui, il est évident que ma foi est un guide en politique, et je n’ai aucune difficulté à l’assumer. Je n’ai pas à le cacher. La foi irrigue mon action politique, elle nourrit également ma pensée grâce à l’abondante littérature que nous lègue l’Eglise, à travers les Encycliques des papes, notamment. Toutefois, je ne suis pas prosélyte, en ce sens où, si ma foi me guide, il ne s’agit pas d’imposer ma vérité aux administrés, mais plutôt la rechercher et la proposer. »

En début d’entretien, vous évoquiez votre indépendance. Par ailleurs, vous êtes un élu local. Face au jeu mortifère des partis, l’espoir réside-t-il au fond dans l’enracinement en politique ou dans l’engagement local ? Si oui, est-ce l’endroit où doivent s’investir les jeunes de la fameuse "génération Manif Pour Tous" ?

Xavier Lemoine : « La politique ne se résume pas à un engagement partisan ou électoral. Un bon chef d’entreprise, un bon instituteur, une bonne mère de famille, tous, dans l’excellence de leur devoir d’état, font de la politique. Certes, le pouvoir est bien dans le politique, mais personne ne doit pour autant se croire exempté de l’excellence de son devoir d’état. Cette excellence, cette résistance, nécessite une formation personnelle permanente. Bien sûr, l’engagement politique local est important, notamment parce qu’il est concret, mais cela ne doit pas non plus faire déserter les bonnes volontés des fonctions nationales. L’important est d’être exigeant quant aux éléments clefs de la formation puis, une fois formé, de choisir son engagement en toute liberté. Rappelons d’ailleurs que la politique est avant tout l’art du possible et que, si la politique était parfaite, nous serions déjà au paradis, mais cela est pour plus tard... »

Un message pour la jeunesse catholique tentée par un certain fatalisme ou par l’inaction ?

Xavier Lemoine : « Ne dites pas les temps sont mauvais. C’est vous qui faites les temps. Cette formule de S. Augustin m’a beaucoup marqué. Ces mots nous invitent à être le plus actif possible. Cela vaut pour l’engagement des jeunes en politique. Certes, le pouvoir corrompt mais, comme le rappelait récemment le Pape François, il faut tenir bon et, en cas de chute, se remettre sur ses pieds, demander pardon et avancer à nouveau. Péguy allait dans le même sens lorsqu’il parlait de ceux qui, à force de vouloir garder les mains propres, n’en avaient plus. Quant à S. Thomas, il affirmait en son temps que la politique était « la forme la plus haute de charité ».

Alors, oui, la politique est un monde rude, mais qui a dit que notre vie sur cette terre serait des plus faciles ? »