La première fois : étudiant en droit de 21 ans à 80 km de là, célibataire, résidant du week-end dans ce petit village très rural de 400 habitants où vivaient mes parents, peu impliqués, tout comme moi d’ailleurs jusque-là, dans la vie locale.

La deuxième fois : vingt ans plus tard, cadre de la fonction publique installé depuis deux ans avec femme et enfants dans une commune semi-rurale de 3 600 habitants à proximité d’une métropole régionale.

Quel était le contexte politique local ?

 

La première fois, un maire vieillissant et une faible majorité divers droite (6 contre 5), avec un risque de basculement au profit d’une opposition gauchisante virulente.

La deuxième fois, un maire bien installé professionnellement et politiquement dans le paysage, mais confronté pour la première fois à une liste d’opposition.

Quels ont été vos premières démarches pour devenir conseiller municipal ?

Dans les deux cas, quelques semaines avant les élections municipales, j’ai demandé au maire sortant de me prendre sur sa liste.

Chaque fois, il a tout de suite accepté : les candidatures spontanées ne sont pas si fréquentes et je participais au renouvellement de l’équipe.

Aviez vous une expérience particulière en la matière ?

La première fois, aucune.

La deuxième, oui, par définition, mais pas l'expérience d'un conseil municipal à 27 membres, noyé dans une majorité de 23 colistiers élus.

Avez-vous mené une campagne électorale, et si oui, de quel type ?

La première fois, du porte-à-porte, pour me présenter en quelques mots : excellent accueil mais une seule promesse explicite de voter pour moi ! Il faut avoir la patience d’attendre quelques jours ou quelques semaines pour savoir si tout cela paiera.

La seconde fois, je me suis glissé dans le groupe, mais en y prenant une part active, car je voulais peser sur le contenu du programme, influencer, notamment pour le faire évoluer d’un catalogue individualiste vers une vision prenant en compte les communautés naturelles, à commencer par les familles. Aidé par le fait que beaucoup de gens appréhendent la phase de l’écriture, j’ai fait aboutir un programme parcourant les différentes phases de la vie humaine, depuis le berceau … au cimetière.

Quelle en a été l'issue ?

Heureuse dans les deux cas puisque j’ai été élu !

La deuxième fois, des collègues m’ont même approché pour prendre des fonctions d’adjoint :

j’ai refusé pour des raisons de disponibilité familiale et professionnelle et faute de connaissance du terrain.

Quelles sont vos fonctions exactes, quel rôle jouez-vous, quelle influence exercez-vous ?

La première fois, je suis devenu de facto chef de l’opposition face à une majorité obtus et revancharde, avec un maire se croyant subitement intelligent « puisque j’ai été élu ! » (Sic).

L’influence est pour partie invisible : c’est une somme de mauvais choix que la majorité ne peut pas faire parce qu’il y a une opposition qui veille et fera connaître les abus. Mais, il y eut de vraies victoires : éviter une rénovation à grands frais et peu esthétique de la mairie, faire échec à un projet de remembrement rural lourd malgré la collusion mairie-conseil départemental-lobby agricole à dimension industrielle, pousser à la rénovation du patrimoine religieux.

La deuxième fois, simple conseiller municipal de base d’une majorité nombreuse, j’ai tenté de compenser par de l’ « activisme » : je prépare les séances du conseil en adressant une liste de questions et de remarques au maire avec copie à mes colistiers, j’interviens systématiquement en séance à plusieurs reprises (faisant contraste avec plusieurs colistiers n’ayant jamais ouvert la bouche : après des centaines de décisions au compteur, ils n’ont jamais eu besoin de précision sur une question, ni de développer une position : toujours d’accord sur tout avec Monsieur-le-Maire). Je marque mon territoire en votant toujours contre le Téléthon ou pour ce qui a trait à la paroisse ou contre la construction d’une intercommunalité artificielle et en expliquant pourquoi. En fait, tout en restant loyal à la majorité et en y mettant les formes, je me vois un peu comme un tiers par rapport au maire, car il y a toujours matière à vigilance : rétention d’information, exercice solitaire du pouvoir, petits arrangements, consensus mou et politiquement correct, etc.

Vos impressions générales ?

C’est toujours nouveau et donc très formateur : chaque situation a ses particularités, on apprend un peu chaque jour, de façon empirique, dans des domaines très divers. C’est chaque fois une aventure humaine : il faut cohabiter avec des gens qu’on n’a pas choisi.  On trouve mille moyens de faire passer des idées saines : patriotisme, honnêteté et gestion de bon père de famille, bonnes mœurs, respect de la nature, …

Il faut apprécier notre marge de manœuvre face à des vaches sacrées : l’école communale, les clubs sportifs, les associations, les aînés-seniors, les agents communaux, l’intercommunalité, le Téléthon, les Tout cela est stimulant. Et puis, il y a aussi un côté théâtre, voire farce. Quand on découvre les coulisses, si on aime le théâtre de boulevard, il y a parfois matière à sourire car le pouvoir change les gens !

Si c'était à refaire ?

Mais c’est à refaire ! Et il y a de la place pour tout le monde.